ADAKOR...
A l’origine c’est un tableau pop, un hit, un succès, un tube que Tristam décline à l’envi jusque sur des posters,
des t-shirts… Ensuite c’est une envie : celle de voir évoluer son sujet du plat de la toile vers le volume de la
sculpture. Voici donc cette femme asiatique, esthétique, brillante et polie, lisse, sortie de l’image pour changer
de dimension, conservant dans l’action, identiques, à la fois posture et prospective. Héroïne soumise au grand
conquérant, au guerrier du Pacifique, qui, en file ordonnée, escalade, déterminé, la jambe, la cuisse, l’intime,
pour y aller planter le symbole de sa mainmise sur la planète. C’est un épisode de la grande histoire, une pho-
tographie ancienne et un peu floue, une reproduction anecdotique, un fake, un montage. Et ces minuscules
soldats parvenant à avoir une emprise sur la masse sont à rapprocher de ces petits replis communautaristes
de l’Amérique d’aujourd’hui, qui bien que minoritaires, circonviennent la majorité et représentent un véritable
danger pour la démocratie. Artificiel et impressionnant. A rapprocher aussi de ce mouvement rotatif, perpé-
tuel, que sont les métissages et les évangélismes culturels, leurs corollaires. Tristam est adepte du métissage
qui mélange, pas de celui qui recouvre. Il faut savoir conserver les belles choses. La culture japonaise dès
lors, fut très influencée par la vision occidentale. Elle sut intégrer, mâcher, puis régurgiter, façonner selon ses
goûts. Aujourd‘hui c’est l’inverse qui se produit. L’occident s’empare du kawai touch. C’est pourtant derrière
l’écran, qu’il faut aller plonger, là où se découvre l’authentique culture japonaise. Celle qui va loin, qui explore
jusqu’aux plus ultimes fantasmes au sein du cercle privé, à mille lieues des puritanismes de l’occident, coincé
entre ses extrêmes, ses belts et ses Texans.
Couleurs superstars, flashs débridés, pointes de cynisme teintées d’humour façon comic strip, un brin d’ob-
sessions compulsives, un intérêt assumé pour le non conformisme, pour les libertés, pour les grandes idées,
les utopies des années 60… qui le font aujourd’hui sourire mais n’en demeurent pas moins les bases poly-
morphes des influences proto-punk et surréalistes de l’artiste au même titre que les figurines manga, les BD
qu’il sur-collectionne, l’anticipation, la littérature russe, Huysmans, Himes ou Conan Doyle, K.Dick aussi. Et
un leitmotiv : la curiosité ! Si une chose peut sauver le monde dit Tristam, c’est la curiosité. C’est par elle que
l’on accède à la connaissance, donc à la compréhension et à la tolérance. C’est ainsi que l’on peut éviter les
conflits. Impossible pourtant, à l’évidence, ajoute-t-il, de vivre dans un monde égalitaire, du fait de la nature
profonde de l’être humain. Il y a aura toujours des faibles, il y aura toujours des forts. C’est immuable. Se
questionner. Lire. Un livre par jour. N’être pas fataliste. Ne pas tendre non plus, vers un idéal, car l’intérêt des
hommes ce sont leurs défauts. C’est pour leurs défauts ou malgré eux, que l’on aime nos amis. Ce qui est
important c’est de faire ses choix sans exploiter quiconque, en jouant le jeu du partage, de l’empathie. Se
mettre à la portée de l’autre, trouver des terrains d’entente. Echanger. Apporter quelque chose dans l’échange
et repartir avec autre chose . Un peu d’aura, d’ego, de talent… Surtout, rester fasciné par les gens. Par leur
regard. Leurs réactions. Par leurs interprétations de l’œuvre. Les explications qu’ils donnent auxquelles il
n’aurait jamais pensé. Et ce principe est réversible. De ces observations, de sa réflexion sur la perception, est
né le syndrome du ADAKOR… Une sorte d’ingrédient supplémentaire, de deuxième vision, qui fait, du coup,
que l’objet dépasse sa fonction pour devenir aussi témoignage, histoire, désir, évidence. Et Tristam de citer
Duchamp, qui disait que l’artiste est celui qui regarde.
Aaaah, d’accord !
Pascale Geoffrois
Lucifer Sam
Résine (L50xh50xP30cm)
Tirage à 8 exemplaires + 4 EA
Numérotés et signés
Prix : 4 000 €